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Écologie scientifique : prémices du Développement durable

Observation de la nature en laboratoire
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Biologie, génétique, zoologie, botanique, physiologie, microbiologie… Les sciences du vivant se composent d’une multitude de disciplines complémentaires, imbriquées et indissociables à l’image de la complexité du vivant. À quel moment apparaît l’écologie scientifique dans l’histoire des sciences ? Qu’apporte-t-elle de plus aux connaissances des scientifiques par rapport à la biologie étudiée depuis le début du XIXe siècle ? L’animal se place au centre d’un écosystème dynamique en perpétuelle évolution. Les résultats de certaines observations effectuées en laboratoire nécessitent de sortir des sentiers battus pour que le biologiste les interprète correctement. N’est-ce pas cela l’objectif même de toute science ? Se dépasser et découvrir l’inconcevable. Des observations de laboratoire aux prémices du concept de Développement durable en passant par la biologie in situ. Zoom sur 200 ans d’évolution.

Qu’est-ce que l’écologie scientifique ?

Science d’un triste constat écologique

L’étude des êtres vivants et de leurs interactions avec leur milieu naturel remonte à la fin du XIXe siècle. Le terme d’écologie scientifique n’arrivera cependant aux oreilles du grand public que dans les années 1960.

L’éducation à l’environnement et les connaissances scientifiques et techniques n’atteignent qu’une élite de la population à cette époque. Des actions politiques et industrielles aux répercussions catastrophiques sur la planète en sont à l’origine et permettent à cette science en pleine éclosion de sortir des discussions de laboratoire. Triste mais nécessaire constat écologique.

Première bombe atomique en 1945, utilisation massive de phytosanitaires comme arme de guerre au Vietnam, relance industrielle de l’après-guerre… ne constituent que quelques évènements qui ont amené les scientifiques à s’interroger sur les conséquences des actions anthropiques sur les milieux naturels.

Les espèces pourraient-elles souffrir de ces impacts négatifs ? A l’époque, la question se révèle légitime pour le monde scientifique, même si le sujet fait déjà débat à huis clos depuis des siècles.

L'écologie scientifique
L’écologie scientifique va au-delà des observations de laboratoire

Science de la complexité et des écosystèmes

Les premiers secrets de fonctionnement des espèces animales et végétales ont été révélés à travers l’œil des microscopes au sein de laboratoires rudimentaires. L’analyse post-mortem des spécimens met en lumière l’incongruité de la situation : comment comprendre le vivant s’il est mort ?

Toutefois, il est facile de se moquer de choses qui semblent aujourd’hui évidentes. L’étude des systèmes biologiques (nerveux, circulatoire, digestif, reproducteur…) et la description des espèces ont permis les avancées spectaculaires que nous connaissons en médecine. Sans une approche descriptive du vivant rien n’aurait été possible.

La composition et le fonctionnement d’êtres isolés ne représentent bel et bien que la partie immergée de l’iceberg. L’observation de ces mêmes individus dans leur milieu de vie et les relations qu’ils développent avec leurs semblables (relations intraspécifiques de type mutualisme, de coopération, de compétition…) et avec les autres espèces (relations interspécifiques de type symbiose, parasitisme, commensalisme…) restaient à envisager pour comprendre la biologie dans son ensemble le plus complet : l’écosystème dynamique et fonctionnel composé d’espèces bien vivantes.

Science du vivant en fonctionnement

L’écologie, du grec « oikos » : maison et « logos » : science, étudie la complexité du vivant. Elle incite à sortir du laboratoire et à découvrir les écosystèmes tels qu’ils se présentent et fonctionnent : en évolution, perturbés et infiniment intéressants.

Une analogie parlante consiste à comparer un écosystème à la cuisine d’un restaurant. La biologie analyserait les ingrédients : goût, temps de cuisson, saveur, texture, couleur, maturité… L’écologie scientifique considèrerait ces mêmes ingrédients et leur devenir.

Les appareils de cuisson, le personnel, le nombre de clients attendant d’être servis et les recettes proposées vont conditionner ce devenir et ainsi modifier le goût, la texture, la saveur de ces mêmes ingrédients… Avec le vivant, les transformations s’opèrent continuellement.

La biologie in situ pour une avancée révolutionnaire : considérer le vivant dans son écosystème

L’écologie scientifique ou bioécologie est née de catastrophes et de l’alarmant constat que l’homme impacte négativement son environnement. L’écologie a peiné à obtenir ses lettres de noblesse en tant que discipline scientifique, car les sciences dures comme les mathématiques, la physique ou encore la chimie refusaient de reconnaître à la nature sa complexité. Comment la biologie in situ a-t-elle finalement obtenue sa reconnaissance ?

Ecologie scientifique
L’écologie scientifique considère les êtres vivants dans leur écosystème

L’influence des conditions extérieures sur les espèces

L’étude des êtres vivants animaux et végétaux dans leur milieu naturel et des interactions qu’ils établissent entre eux apporte un nouvel éclairage sur certaines observations effectuées en laboratoire. L’analyse d’un spécimen et les résultats qui en découlent varient selon les conditions extérieures.

Le scientifique doit comprendre le monde au sein duquel évoluent les espèces s’il veut élucider certains résultats précédemment considérés comme des artefacts de laboratoire. Au lieu de soulever de nouveaux problèmes, la bioécologie ambitionne de les résoudre.

L’observation in situ des espèces apporte des informations sur leurs rythmes de vie. Dès le début des années 70, le terme de biorythme apparaît. Les êtres vivants progressent dans un système complexe qui les influence : températures, saisons, disponibilité en nourriture, organisation du groupe, interactions avec les autres individus… L’ensemble de ces critères modifie le comportement, la psychologie et par suite le fonctionnement global des individus aussi bien animaux que végétaux.

Un système en perpétuel mouvement à l’image du vivant

Le mouvement définit le vivant. Cette affirmation assurera la reconnaissance de l’écologie en tant que science. Ouf ! Voici venu le temps des théories et des expériences pour comprendre la nature qui s’apparente à un système en perpétuel changement.

La biologie de laboratoire a ébauché les mécanismes du vivant. L’écologie scientifique explique les variations possibles d’une espèce à l’autre, d’une génération à l’autre, voire d’un sujet à l’autre. On pense immédiatement à la théorie de Charles Darwin : la fonction crée l’organe, émise au début du XIXe siècle !

La bioécologie ne date pas d’hier, mais sa reconnaissance si. Il aura fallu attendre pas moins de 150 ans pour rassembler tous les indices convergeant vers la même conclusion : la biologie s’apparente à une science beaucoup plus riche et variée qu’il n’y paraît. Une complexité comparable à celle d’un organisme.

L’éthologie : étude des interactions et des comportements

L’éthologie est née avec Darwin, mais au même titre que l’écologie scientifique, elle devra attendre son heure de reconnaissance. L’évolution est en marche, mais les pas restent petits et lents.

L’étude des interactions et des comportements animaux ouvre les portes à de nouvelles interrogations : le bien-être animal et avec lui les législations visant à considérer les animaux comme des organismes vivants et sensibles.

Ce sujet se retrouve dès l’Antiquité au travers de croyances liées à la réincarnation. Il faudra en réalité attendre le XIXè siècle pour voir les premières lois émerger sur le sujet.

L’éthologie a pour vocation première la compréhension des comportements animaux et des objectifs de leurs interactions. Le bien-être ou la protection animale en découleront, mais plus tardivement.

En expliquant certains aspects de l’animal qui relèvent de la psychologie, de la solidarité, de la coopération et de l’entraide, l’éthologie nous ramène indubitablement à nos propres fonctionnements et règles de conduite. La science des comportements animaux met en lumière la vulnérabilité du monde animal et nous incite à nous remettre en question, à évoluer et à effectuer un parallèle entre l’animal et l’humain.

Relations intraspécifiques
Les relations entre êtres vivants sont complexes et s’appréhendent à l’échelle de l’écosystème

Le Développement durable : vision globale pour un monde en équilibre

Pour penser au bien-être animal, les populations humaines doivent comprendre la notion de bien-être. Cette avancée dans nos considérations éthiques attendra la fin du XXè siècle. Comment prendre en compte le bien-être animal avant même de se soucier de celui de l’humain ? Fervente défenderesse de la cause animale, je ne peux néanmoins que comprendre ce dilemme.

Aujourd’hui, l’animal est reconnu comme être sensible, tandis que certains humains souffrent encore de leur condition de vie. Que faire pour appréhender le bien-être du vivant dans sa globalité ? En 1987, le rapport Bruntland contient pour la première fois la définition du concept de Développement durable qui vise à allier les piliers économique, social et environnemental pour œuvrer à un monde meilleur, viable, vivable et équitable, autrement dit durable. L’écologie scientifique aura-t-elle contribué à cette avancée vers une vision plus éthique du vivant ?

La protection de la nature apparaît aujourd’hui comme l’enjeu incontournable à notre propre survie. Les avancées scientifiques des soixante-dix dernières années ont mené à cet exploit. Objectif désintéressé ou purement politique ?

Qui sait quels secrets la nature et son fonctionnement nous cachent encore. La crise sanitaire traversée au cours de l’année 2020 a laissé entrapercevoir ce que pourrait être notre Terre sans une intervention démesurée de l’homme. L’humain fait partie de la nature, mais à quel point tente-t-il de s’en extraire ? Comment estimer les conséquences réelles d’une surexploitation de nos milieux naturels ? Généraliser le concept de Développement durable à l’ensemble des décisions prises à chaque niveau décisionnel apparaît comme une solution utopique mais salutaire.

Si l’écologie scientifique a ouvert les yeux de l’humanité sur les premiers désastres écologiques provoqués par la main de l’homme, peut-être qu’une nouvelle discipline serait nécessaire pour comprendre que le temps de la réflexion s’achève. Passer à l’action s’impose pour inverser une tendance qui nous mènera tout droit à la fin du monde tel que nous pensons le connaître.

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